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Entrevue avec Laurence Bernard

La prévention et le contrôle des infections : une expertise infirmière

 

Le rôle de l'infirmière ou de l’infirmier spécialiste en prévention et contrôle des infections (PCI) dans le contexte actuel de pandémie est primordial. Ces professionnels sont les yeux et les oreilles du système de santé et aident les dirigeants à prendre des décisions difficiles dans cette période de grande incertitude. Laurence Bernard (sciences infirmières 2004, 2006, 2012) est professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières. Ses intérêts de recherche touchent justement la pandémie, la sécurité des patients et la gestion des risques dans un contexte de prévention des infections au sein des établissements de santé.

 « Le rôle de l’infirmière ou de l’infirmier spécialiste en PCI est multiple, précise-t-elle. Il y a la surveillance épidémiologique avec la collecte de données, l’analyse et les rapports, la maîtrise de l’infection, l’application de lignes directrices de prévention émis par des instances comme l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la contribution à la prise de décision des gestionnaires, la formation de professionnels et enfin la collaboration dans l’élaboration de plans de communication et dans le domaine de la recherche. » En effet, les infirmières et infirmiers spécialistes en PCI se tiennent au fait des derniers résultats probants afin d’émettre des recommandations, de développer des stratégies de prévention, le tout dans le but de maintenir la qualité des soins aux patients et de les protéger. « Les infirmières et infirmiers spécialistes en PCI travaillent dans les hôpitaux, mais aussi en santé communautaire et dans d’autres installations comme les CHSLD, où il y a beaucoup de foyers infectieux en ce moment, souligne-t-elle. Leur expertise est donc essentielle pour prévenir et contenir la propagation de la COVID-19 entre les patients, entre les membres d’une même famille, mais aussi entre les travailleurs dans leur établissement de santé. » 

Le Québec prévoit entrer en déconfinement progressif au courant des prochaines semaines et le système de santé s’y prépare avec courage. C’est un travail d’équipe qui implique plusieurs milieux dont les spécialistes en PCI qui doivent identifier les risques dans leur milieu, émettre des scénarios d’atténuation de ces risques et les communiquer aux gestionnaires pour les aider dans cette prise de décision. « La décision de procéder au déconfinement de la population ne repose pas uniquement sur les rapports scientifiques ou ceux émis par les professionnels de la santé, précise-t-elle. Il y a plusieurs dimensions à une telle décision, il y a entre autres, les dimensions sociopolitiques et économiques à prendre en considération. »

L’intérêt de madame Bernard pour la prévention et le contrôle des infections découle d’abord d’une préoccupation clinique. Au courant de sa maîtrise, elle s’est intéressée aux théories en sciences infirmières, ce qui l’a mené à un poste d’agente de planification à la Direction des risques biologiques, environnementaux et occupationnels de l’INSPQ. « C’est à ce moment que mon goût pour la prévention des infections s’est développé, se remémore-t-elle. J’ai commencé ma thèse de doctorat en 2007 et pendant ma collecte de données en milieu de recherche, nous avons fait face à la pandémie H1N1. J’en ai fait le sujet de ma thèse. »

Des pandémies comme celles de la H1N1 et de la COVID-19, nous en vivrons d’autres et plus souvent, selon madame Bernard. Dans le contexte de mondialisation, de globalisation de la santé publique et de réchauffement climatique, les personnes vulnérables seront impactées plus durement par la destruction de l’environnement, par les maladies et les épidémies. « Dans le milieu scientifique, c’est bien documenté, précise-t-elle. Nous savons depuis quelque temps que ça s’en vient, ce n’est qu’une question de temps. Nous savons que nous vivrons d’autres pandémies, mais aussi des épidémies locales, à plus petite échelle. » Elle est tout de même fière de constater que, somme toute, la société semble être en mesure de passer au travers sans tomber dans le chaos total. « Cela témoigne de la force du réseau de la santé publique et de la force aussi des infirmières et infirmiers spécialistes en PCI, souligne-t-elle. C’est un réseau qui est relativement jeune, puisqu’il a été établi vers 2003 et malgré tout, nous avons été en mesure de développer de l’expertise qui nous permet de réagir à cette pandémie de manière efficace compte tenu des moyens dont nous disposons. »

L’apport des professionnels de la santé à la société est important. C’est ce qui l’inspire des mots d’encouragement pour ses consœurs et confrères du réseau. « Le travail collectif que nous faisons en clinique, en gestion, en recherche et en formation est primordial, souligne-t-elle. Si les infirmières et infirmiers arrêtent de soigner, il n’y a plus de système de santé. » Avec la fameuse courbe épidémique qui tend vers l’aplatissement, elle voit la lumière au bout du tunnel et espère que les gouvernements investiront davantage en santé publique et dans la préparation à une pandémie pour que le système de santé soit prêt à la prochaine crise.

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